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10.01 - 21.02.2009

Réalités urbaines :
Œuvres de la collection
du Frac Bretagne

Hervé Beurel
Jean-Yves Brélivet
Samuel Buckman
Olga Chernysheva
Robin Collyer
Dector/Dupuy
Guillaume Janot
Langlands & Bell
Jean-Marc Nicolas
Michelangelo Pistoletto
Julien Prévieux
Sylvie Réno
Thomas Ruff
Yvan Salomone
Jacques Vieille

Carton de l’exposition Réalités urbaines : Oeuvres de la collection du Frac Bretagne , 2009

Cette exposition réalisée en partenariat avec le FRAC Bretagne regroupait photographies, vidéos, peintures et installations des artistes suivants : Hervé Beurel, Jean-Yves Brélivet, Samuel Buckman, Olga Chernysheva, Robin Collyer, Dector / Dupuy, Guillaume Janot, Langlands & Bell, Jean-Marc Nicolas, Michelangelo Pistoletto, Julien Prévieux, Sylvie Réno, Thomas Ruff, Yvan Salomone et Jacques Vieille.

Loin de toute utopie, ces artistes se sont attachés, dans la variété de leurs disciplines, à la réalité du quotidien, au monde du travail comme à son absence, aux architectures urbaines, aux murs délabrés et tatoués de cet alphabet contemporain, le tag. Après  Le monde comme un tableau (2005) et  L’appartement  (2007), cette exposition s’inscrivait comme un préambule aux Estivales Photographiques 2009 qui ont traitées elles aussi de l’univers urbain.

A cet égard, Guillaume Janot voit de loin et de haut. Sa mappemonde est révélatrice d’une problématique commune à tous les continents: l’environnement, la remise en question du territoire, l’expansion des mégapoles. Mouvements incessants, informations à l’échelle planétaire sont présents dans une œuvre ancienne de Michelangelo Pistoletto. Sa sphère de journaux recèle la fragilité et la complexité de notre monde. Machine difficilement contrôlable qu’une simple poussée peut faire dévier.

Emballement, mais aussi emballage pour l’œuvre de Sylvie Réno qui, avec « Le bagage », questionne le pouvoir et ses représentations. Son bagage est celui de voyageurs se déplaçant d’une métropole à l’autre, ces villes organisées en fonction de réseaux d’échanges économiques et culturels de plus en plus vastes. Langlands & Bell, s’ils gardent leur distance pour analyser l’espace, proposent une lecture métaphorique de plans d’édifices révélant les contradictions de l’urbanisme, ses enjeux économiques et politiques. « Unesco » fait partie de ces édifices incarnant la volonté de changer le monde. Incarnation prenant d’abord forme de plan ou maquette quelle que soit la destination du bâtiment.

Robin Collyer en donne un exemple pertinent avec « Home Box Office », juxtaposition de trois volumes dont seuls les différents matériaux – aluminium, ciment et zinc – indiqueraient le choix de l’usage. Maison, boîte ou bureau n’ont plus de spécificité et tendent à une réalité totalitaire, à savoir moduler, fragmenter, diviser. De même, sa photographie « Abattoir », en mêlant paysage et lieu de travail, repousse les frontières habituelles entre les activités humaines. Jacques Vieille, en concevant « Les grandes cases », utilise les notions architecturales de luminosité, de polyvalence de l’espace. Il joue aussi de la polysémie du mot bibliothèque, à la fois mobilier et bâtiment. De la construction éphémère « Topiaires » dans le jardin du musée de la Briqueterie à Langueux (22), Jean-Marc Nicolas a conservé l’idée des parallélépipèdes verts qu’il peint cette fois sur médium, transformant l’évocation initiale d’un jardin classique en une vision onirique d’immeubles et de tours.

Avec ce même vert irréel, Thomas Ruff réalise des photographies de nuit, offrant au spectateur ce qu’il ne pourrait déceler par lui-même. En effet, « Nacht » est une image obtenue par des faisceaux lumineux utilisés par l’armée américaine.
D’une photographie militaire dont le but est de favoriser une attaque, Thomas Ruff nous donne à voir un paysage quasi romantique, une ville éclairée par une calme nuit. Autre réalité urbaine, celle du travail, de ses lieux particuliers. Yvan Salomone a choisi de représenter exclusivement des zones portuaires, insituables mais toutes laissant percevoir un monde d’automatisation, d’anonymat et de gigantisme. L’absence de tout humain renforce l’idée de lieux conçus pour les seules marchandises.

« On Duty » (au travail) est le titre d’une série photographique d’Olga Chernysheva. Portraits d’hommes et de femmes œuvrant dans le métro de Moscou, derniers survivants d’une époque où la surveillance des lieux publics est encore exercée par des êtres humains. Julien Prévieux use de tous les médiums et toutes les techniques, y compris des lettres ici exposées. Depuis plusieurs années, l’artiste répond par la négative à des offres d’emploi récoltées dans la presse. Chaque lettre, accompagnée de la
réponse envoyée par l’entreprise, stigmatise l’aspect tragi-comique inhérent à cette tâche et l’absurdité d’un système. « Le Tableau n° 2 » d’Hervé Beurel appartient à sa série intitulée « Collection publique » pour laquelle il s’est intéressé aux façades décorées dans le but de faire entrer l’art dans la ville. Il a sélectionné quelques motifs, réduisant les fresques monumentales aux dimensions d’un tableau. Manière de s’attarder aux zones intermédiaires entre la mémoire et le présent. Michel Dector et Michel Dupuy s’approprient également des éléments du paysage urbain. Photographiant dans les rues inscriptions, tags et traces de toutes sortes, ils projettent ces images sur toile puis les peignent à l’acrylique. Enchevêtrement de signes, slogans tronqués, anciennes traces de conflits sociaux. Leur peinture est une façon d’affirmer la réalité du monde.

Enfin, si Jean-Yves Brélivet convoque un bestiaire particulier pour réaliser ses sculptures, c’est que les animaux sont les premières victimes des déséquilibres du monde. Il souligne ainsi l’arrogance avec laquelle l’homme se considère à l’écart de l’écosystème de la planète. La soif des uns fissure les autres lui permet d’attirer l’attention sur les inégalités géo-politiques. En mimant des briques sur le corps des girafes, en transformant leur pattes en arches, Jean-Yves Brélivet nous rappelle que les ponts sont préférables aux murs et que l’urbanité sauvage est décidément bien éloignée des utopies.

Vues de l’exposition