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09.08 - 06.09.1986

8e Festival photographique
du Trégor

Jean-Charles Bacro
Jean-Philippe Charbonnier
Bertrand Clech
Philippe De Croix
Mark de Fraeye
Paul den Hollander
Tom Drahos
Pierre Dreyfuss
Christian Gattinoni
Kiuston Hallé
Marc Le Mené
Claude Maillard
Marie-Paule Nègre
Richard Nieto
Alice Odilon
Marc Pataut
Bernadette Tintaud
Groupe Signe (Catherine Brebel
Bernard Chevalier
Jean-Pierre Évrard
Gérard Moulin
François Puyplat)

Carton du 8e Festival photographique du Trégor, 1986

Le 8e Festival photographique du Trégor se déroule sur quatre lieux d’exposition : à Lannion, Perros-Guirec, Louannec et Tregastel. Depuis six à huit ans, la photographie française a évolué. La photographie professionnelle (mode, architecture, publicité…) joue toujours un rôle important mais discret. Le photo-reportage a atteint le faîte de sa gloire, mais la photographie créative vient d’être mise sur le devant de la scène, soit par reconnaissance de l’activité créatrice de photographes professionnels confirmés (cf. les expositions qui, dans les musées, ont consacré plusieurs d’entre eux : Boubat, Doisneau, Charbonnier, Sieff, Newton…), soit en valorisant l’activité de photographes qui se veulent uniquement créateurs, artistes. L’exposition présentée à Lannion essaie de traduire cette dernière tendance.

Marc Le Mené, Autoportrait nocturne de dos à la fenêtre, 1984

· Philippe De Croix : Écrivain, peintre et photographe. Par ces divers moyens d’expression, il traduit son goût et sa peur de la vie et de son cadre. La couleur, souvent violente et portée à son paroxysme, joue un rôle important dans son travail antérieur. La série « Acid Country », présentée ici pour la première fois, est un retour de l’auteur sur les lieux de son enfance. Philippe de Croix nous les présente sous un filtre tout à fait personnel. Le traitement de l’image et de la couleur a un aspect fortement pictural.

· Tom Drahos : Après avoir travaillé plusieurs années comme photographe reporter, réfléchissant sur son activité photographique, il a décidé d’entreprendre une carrière artistique. Elle se révèle novatrice et féconde. Après avoir traité divers problèmes à partir de sujets préexistants ou qu’il crée, Tom Drahos utilise la photographie comme matière première pour sa création artistique.

· Mark de Fraeye : Photographe et professeur de photographie en Belgique, il travaille en couleurs depuis de nombreuses années. Il a produit de très beaux paysages, de densité très légère, pour rendre la lumière merveilleuse. Mark de Fraeye nous montre ici un choix de travaux plus récents. Ses images laissent souvent aux visiteurs la possibilité d’imaginer ce qui est hors cadre. Il faut noter que ses photographies, la plupart du temps vides de personnages, respirent de présence humaine.

· Kiuston Hallé : Les nus de Kiuston Hallé sont de véritables sculptures. Elle oblige ses modèles à prendre des poses qui vont au-delà de ce qu’un corps fait d’habitude. Aidée par sa formation de danseuse, elle sait guider ses modèles pour parvenir à ces résultats. Ce travail prélude à d’autres, fait avec des sculptures, en particulier celles de Rodin (commande du musée Rodin) ou d’autres qu’elle présentera bientôt au public new-yorkais. Nous espérons que L’Imagerie aura un jour le plaisir de présenter ces travaux.

· Marc Le Mené : Photographe et peintre originaire du Morbihan, il a une prédilection pour la mise en scène de corps, ceux d’autrui mais aussi du sien. Ses modèles sont « mis à nu » mais aussi protégés par des artifices qui empêchent de connaître leur vraie personnalité. Il n’hésite pas à reprendre, en les adaptant, des idées de photographes du début du siècle. Il intervient directement sur ses images avec des couleurs légères…

· Alice Odilon : Après son passage dans une école des beaux-arts, Alice Odilon a voulu réaliser une œuvre forte et originale. Elle a conçu un travail basé sur l’autoportrait. Celui-ci n’est pas seulement physique ; elle s’est analysée et a mis en scène les sujets et les phénomènes qui l’ont marquée. Très auto-analytique, sa première série avait une telle force que ses images dérangeaient un grand nombre des personnes qui visitèrent son exposition. Ici, elle nous présente un travail inédit. Toujours basé sur l’autoportrait, il traite de sujets préoccupant actuellement l’auteur.

Marc Le Mené, Autoportrait nocturne de dos à la fenêtre, 1984

La photographie depuis 1945 a été marquée par le photo-reportage : Capa, Cartier-Bresson, E. Smith… L’exposition à Perros-Guirec présente quelques aspects importants de cette activité à travers un des maîtres français les plus incontestés (mais non le moins contestataire) et deux jeunes photographes : l’une Française, l’autre Hollandais.

· Jean-Philippe Charbonnier : Un des piliers de l’école française de photographie (cf. Isis, Doisneau, Boubat…), il a été reporter photographe à Réalités pendant près de trente ans. Ces images, que nous propose la galerie Agathe Gaillard, présentent trois facettes de son œuvre : le photojournalisme professionnel, l’homme et ses proches, le photographe dans son cadre de vie, son environnement.
Son sens de l’humain, présent dans tout son travail, se fait tendresse lorsqu’il aborde ses propres enfants. L’amicale causticité de Jean-Philippe Charbonnier prend son ampleur dans ses dernières images prises dans le quartier où il habite.

· Marie-Paule Nègre : Membre de l’agence Rush pendant plusieurs années, elle vient de reprendre son indépendance pour travailler avec les collectivités locales, les organismes qui veulent lui passer des commandes. Lauréate de nombreux concours professionnels (prix Air France, prix Niépce…), Marie-Paule Nègre présente trois volets de son travail. Le premier montre sa filiation avec l’école photographique française de l’après-guerre : rigueur et dynamisme des compositions, éclairages subtils, humour. Au travers des « Piscines », elle joue sur le changement de nature de l’espace : l’eau modifie l’environnement, les corps n’y ont pas le même comportement que dans l’air. Avec les « Jazzmen », elle se rapproche des photographes surréalistes qui ont marqué la photographie européenne depuis les années trente. Marie-Paule Nègre illustre bien la tendance créatrice des jeunes photo-reporters français.

· Paul den Hollander : Photographe néerlandais, il a contribué à faire, dès la fin des années 1970, évoluer la photographie européenne en particulier celle des reporters. Ici, il nous présente des vues de jardin, de vivarium — des herbes, des serpents… —, tout un ensemble d’images où un certain symbolisme est sous-jacent. Paul Den Hollander s’est fait une réputation sur des images très structurées. Ici, nous voyons sa récente évolution.

Paul den Hollander, Untitled, 1982
Paul den Hollander, Untitled, 1982

À Louannec, le travail du groupe « Signe » est exposé. Ce groupe de cinq photographes veut réfléchir ensemble sur la photographie, sur leur photographie. Tous, d’origines différentes, ils veulent que cette discipline artistique soit un moyen d’expression traduisant la personnalité de l’auteur. Leur sensibilité, souvent pudiquement cachée, apparaît au travers de leurs images. Une lecture au premier degré n’est pas suffisante pour comprendre leurs travaux.

· Catherine Brebel : Professeur d’arts plastiques, pour elle la couleur est un moyen d’expression photographique fondamental. Chaque couleur véhicule un message particulier complétant celui des formes ou des sujets. Les tissus ne sont pas là pour cacher, mais pour dévoiler ; les fleurs et les plantes sont dans ses travaux des signes de fertilité… Ses images très féminines tentent par tous les moyens de nous détourner du message personnel que nous lance cette artiste.

· Bernard Chevalier : Il nous montre ses derniers travaux de reportage (ils datent de 1980) marqués par la beauté et la chaleur de ces jeunes. Leur vitalité apparaît sur leur visage, leur corps pour disparaître dans le flou d’une envolée de ballons, d’espoirs, comme la vie.

· Jean-Pierre Évrard : Photographe professionnel et ingénieur commercial en photographie, il nous montre un autre aspect de la jeunesse, de la vie à travers des formes séduisantes du corps de ses modèles. Le mouvement s’empare d’eux pour nous suggérer toujours plus le goût de la vie. Le flou peut jouer un rôle important dans ce travail : c’est un espace qui nous permet de rêver.

· Gérard Moulin : Récemment exposé dans la galerie photographique de la Bibliothèque Nationale, il présente une œuvre très personnelle sur la relation « intérieur-extérieur ». Ses images, prises de la fenêtre de sa chambre, expriment ses espoirs, son sentiment d’être prisonnier, de ne pouvoir réaliser ce qu’il souhaite. Ses hésitations transparaissent et montrent son aspiration à un monde meilleur.

· François Puyplat : Photographe professionnel et professeur de photographie, il veut raconter aux visiteurs l’histoire de son amour pour la Bretagne, amour grandissant au cours des années. Une approche discrète mais franche lui permet de saisir des instants où tout devient important, où ce qui se passe va constituer ses souvenirs. Son écriture simple et directe cache la grande sensibilité de l’auteur.

Jean-Pierre Évrard
Jean-Pierre Évrard

L’exposition collective à Trégastel s’interroge et nous interroge sur les rapports entre la photographie et l’inconscient. Elle le fait grâce à des photographies marquantes et différentes, et non grâce à des textes, car ce travail a déjà été accompli par ces huit photographes autour de François Soulages dans son livre Photographie et Inconscient. En quoi l’inconscient dont parle Freud joue-t-il un rôle dans le projet photographique, dans l’acte photographique, dans la manière de développer et de tirer des photos et dans la façon de voir, d’aimer et de montrer certaines photographies ? Cette question s’adresse à tout artiste, à tous ceux qui pratiquent la photographie et à tous ceux qui regardent et adorent des photographies.

Jean-Charles Bacro, d’Annecy, est photographe, peintre et coloriste. Il travaille en ce moment sur le Polaroid ; il a fait la couverture du livre Photographie et Inconscient. Bertrand Clech, Breton, est photographe professionnel à Paris ; poulain de l’écurie Agathe Gaillard, il se concentre sur le noir et blanc. Pierre Dreyfuss, d’Orléans, est photographe et philosophe ; il réfléchit par ses textes et par ses images. Christian Gattinoni, de Paris, est photographe, écrivain et critique de photographie ; il a créé le groupe « Photo-Langage » et monté beaucoup d’expositions et de manifestations. Claude Maillard, de Paris, est photographe, écrivain et psychanalyste ; elle a publié une douzaine de livres et exposait récemment à Beaubourg ; elle questionne le malentendu de l’image et la parole. Richard Nieto, de Toulouse, est photographe professionnel ; il est fondateur du groupe « Géant » ; il organise des expositions avec de nombreux artistes et théoriciens. Marc Pataut, d’Aubervilliers, est un photographe professionnel aux multiples facettes. Engagé, il développe « Faut Voir » pour renouveler l’action photographique et le social. Il a fait des reportages très longs et selon des modalités uniques depuis qu’il a quitté Viva ; il a un travail personnel d’une très grande richesse et sait s’ouvrir à des gens différents de lui-même pour se transformer en tant que photographe et en tant qu’être humain. Bernadette Tintaud, de Paris, a marqué la photographie en déchirant ses photographies ou en les recouvrant de blanc ; elle interroge de l’intérieur la photographie et le réel.

Ces huit photographes ont déjà exposé ensemble deux fois en 1986 : à Paris à la galerie Village Voice (avril-mai) et à Rouen à la FNAC (juin).