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Fréger Charles
Lovely Girls de Féchain
série « Majorettes »
2001

81,5 × 76,2 cm
tirage couleur C-print contrecollé sur aluminium

2004
achat à l’artiste
inv. 2004.2.1
© Charles Fréger

 

Depuis le début des années 2000, l’intérêt de Charles Fréger se porte sur l’uniforme comme symbole d’une inscription sociale et sur la construction identitaire au sein de communautés sportives, ethniques ou religieuses. Dans ses séries de portraits, il met en évidence un ensemble d’attributs vestimentaires, d’accessoires et de symboles d’appartenance à un groupe, dans lequel l’individualité s’efface ou s’affirme, que ce soit par nécessité ou par choix. À mi-chemin entre l’anthropologie visuelle et la photographie documentaire, l’œuvre de Charles Fréger prend la forme d’un inventaire de groupes de personnes en uniforme. Le dispositif photographique mis en place est semblable pour chacun de ses sujets, capturés de manière frontale et sous une lumière artificielle. Ce protocole strict inscrit ses séries de portraits dans la lignée d’autres photographes avant lui, tels Richard Avedon, Irving Penn ou encore Despatin et Gobeli. Dans ses premières séries, il s’est intéressé à la quête identitaire chez les adolescents, à travers le port de l’uniforme dans l’institution scolaire (séries « Notre-Dame » et « Pattes blanches », 2000), le sport (« Water-Polo », 2000) ou dans le milieu des concours de beauté (« Miss », 2000).

Cette photographie est issue de l’une de ses premières séries de portraits, réalisée entre 1999 et 2001, consacrée aux formations de majorettes dans le nord de la France. Elle regroupe des photographies d’une soixantaine de formations actives dans la région Nord-Pas-de-Calais, où les défilés de majorettes restent liés à des fêtes populaires, comme le carnaval de Dunkerque. Importés des États-Unis au début des années 1960, les défilés de majorettes ont connu leur apogée dans les années 1970 avant de disparaître progressivement dans le reste de la France. Charles Fréger donne à voir dans sa série l’évolution d’une discipline populaire outre-atlantique, avec l’introduction du twirling bâton et de tenues vestimentaires qui s’éloignent du kitsch militaire, en s’inspirant notamment du patinage, de la danse et de la gymnastique rythmique1. Sous une apparente neutralité et malgré les costumes identiques portés par chacune des jeunes filles, la photographie montre les personnalités qui s’affirment, que ce soit à travers les regards ou les poses adoptées devant l’objectif. Ses portraits de majorettes soulignent également le rôle social du sport dans l’effacement des inégalités et le développement de liens forts entre individus d’un même groupe, en particulier durant l’adolescence, dans les moments de célébration et d’échec vécus collectivement.

1 : Didier Mouchel, « Le défilé des majorettes », in Charles Fréger, Majorettes, Paris, Éditions Léo Scheer, 2002, p. 8-9.

Vincent Raoul

 

Expositions

· Extraits de la collection photographique de L’Imagerie, dans le cadre de la 9e Quinzaine photographique nantaise, Nantes, MCLA, 15 septembre – 02 octobre 2005
· Résonances. La collection de L’Imagerie, Lannion, L’Imagerie, 24 juin – 28 octobre 2023

 

Publications

· Sans mention d’auteur, 9e Quinzaine photographique nantaise (cat. expo.), Nantes, Quinzaine photographique nantaise, 2005, p. 19
· Photo Nouvelles, n° 69, mai-juin 2011, p. 63