imagerie

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Doury Claudine
Katia, août 2002
série « Artek »
2002

50 × 60,1 cm
tirage couleur numérique

2005
achat à la Galerie VU’
inv. 2005.8.1
© Claudine Doury

 

Après ses études de journalisme, Claudine Doury commence à travailler en tant qu’iconographe dans les agences Gamma et Contact Press, puis au sein du journal Libération. En 1989, elle décide de se consacrer pleinement à la photographie et rejoint l’agence VU’ à partir de 1991. Depuis, Claudine Doury développe une œuvre intimiste qu’elle alimente au gré de ses voyages en Europe de l’Est et en Asie Orientale ; des territoires restés longtemps inaccessibles qui lui permettent d’aborder par l’image les notions de mémoire, de transition et de passage du temps. Pour réaliser la série « Artek », elle s’est rendue de 1993 à 2004 en Crimée, dans un ancien camp de pionniers communistes rénové en colonie pour la jeunesse dorée russophone. Ce qui au départ devait être un reportage sur le plus prestigieux camp de vacances de l’ère soviétique s’est peu à peu transformé en un travail sur l’adolescence. En effet, Artek, avec son organisation singulière et sa concentration de jeunes, se révèle un terrain privilégié pour approcher ce moment complexe du passage de l’enfance à l’âge adulte, qui la fascine tant. Vestige d’une époque révolue, « Artek installe des adolescents dans un espace, dans un temps et dans des fonctionnements qui les détachent du réel ordinaire1 ». Libérés du quotidien, « garçons et filles se laissent aller à l’exigence vitale de leur âge. Ils jouent et ne jouent pas, adoptent des rôles qui les aident à contrôler ce qu’ils sont2 ». Avec un regard parfois amusé mais toujours empreint d’une profonde bienveillance, Claudine Doury saisit et enregistre tout un ensemble d’attitudes, de comportements et de gestes qui mettent en relief la fragilité des années adolescentes. Baignées de lumière douce, les images nous plongent avec légèreté dans le souvenir d’un âge fait d’éveils et d’incertitudes, où l’insouciance de l’enfance se heurte à l’intensité des émotions adolescentes. Tantôt spontanées, tantôt construites, les images de Claudine Doury revêtent une dimension cinématographique forte et étonnent par leur puissance visuelle. Si l’ensemble conserve une part de mystère, les situations sont quant à elles immédiatement compréhensibles, comme dans cette image où une jeune fille, prénommée Katia, interroge son miroir. Son regard semble ailleurs, perdu dans l’une de ces fugues mentales si révélatrices de l’adolescence.

1 : Christian Caujolle, « Introduction », in Claudine Doury, Artek. Un été en Crimée, Paris, La Martinière, 2004, n. p.
2 : Ibid.

Laurane Guillas

 

Expositions

· Résonances. La collection de L’Imagerie, Lannion, L’Imagerie, 24 juin – 28 octobre 2023