imagerie

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Brihat Denis
Gros oignon germé
1985

50,6 × 39,6 cm
tirage noir et blanc argentique viré à l’or contrecollé sur carton

1987
achat à l’artiste
inv. 1987.1.2
© Denis Brihat

 

Figure importante de la photographie contemporaine, reconnu et exposé dans le monde entier – dès 1967 au MoMA, à New York1 –, Denis Brihat a voué son œuvre à l’étude attentive du monde végétal, dont les sujets se sont rapidement imposés à lui. Il partage par la photographie son émerveillement devant les formes de la nature les plus humbles et quotidiennes, sans jamais chercher à travestir le réel. « L’infime est son royaume2 », comme le rappelle l’écrivain Michel Tournier. Fleurs, légumes, fruits, adventices et végétaux en tout genre sont révélés sur fond blanc ou noir, dans ce que le photographe nomme des « tableaux photographiques ». Son approche conjugue à la fois une grande rigueur technique et un regard sensible sur le monde du vivant.

Promoteur d’une photographie inventive, Denis Brihat a grandement contribué à l’émergence du statut d’artiste-photographe dans les années 1950 et à la naissance des Rencontres Internationales de la photographie d’Arles en 1970. Bien qu’il ait commencé sa carrière dans la photographie industrielle et le reportage au sein de l’agence Rapho, aux côtés de Robert Doisneau, Denis Brihat s’éloigne très vite de ce milieu et de Paris. Sa découverte de la straight photography américaine à travers l’œuvre du photographe Edward Weston, à l’occasion d’une exposition à la galerie Kodaak, place Vendôme, en 1950, l’incite à suivre sa propre voie. En 1958, il s’installe à Bonnieux en Provence, sur le plateau des Claparèdes, un an après avoir reçu le prix Niépce pour un reportage photographique sur l’Inde. C’est dans cet ermitage situé au cœur du massif du Luberon qu’il va parfaire sa technique en explorant, comme peu de photographes avant lui, les immenses possibilités chromatiques de la chimie liée à la photographie argentique. Acceptant la couleur dans sa dimension subjective, Denis Brihat s’est approprié de multiples procédés anciens pour colorer un tirage en noir et blanc et rendre le plus fidèlement la couleur. À partir de 1969, il étudie les techniques de virages à partir de métaux dont l’or, le fer, le vanadium ou encore de minéraux comme le sélénium. Dans les deux photographies présentes dans la collection de L’Imagerie, réalisées en 1984, les teintes cuivrées de la pelure des oignons ont été obtenues par la transmutation du sel d’argent du tirage avec de l’or. Cette technique permet de reproduire les teintes rouge et orange de la pelure d’oignon sur des zones préalablement choisies, comme une alchimie cachée.

1 : Il figure parmi les premiers photographes français à avoir été exposé au MoMA par John Szarkowski, dans l’exposition A European Experiment en 1967, aux côtés de Jean-Pierre Sudre et de Pierre Cordier.
2 : Michel Tournier, Le Crépuscule des masques, Paris, Hoëbeke, 1992, n. p.

Vincent Raoul

 

Expositions

· La Collection de L’Imagerie, Lannion, L’Imagerie, 28 novembre – 31 décembre 1994
· Recherches dans la collection de L’Imagerie de Lannion, dans le cadre du 4e festival L’Image publique, Rennes, Orangerie du Thabor, 04 – 24 octobre 2010
· 40 : 40e Estivales photographiques du Trégor, Lannion, L’Imagerie, 23 juin – 26 septembre 2018

 

Publications

· Photo Nouvelles, n° 69, mai-juin 2011, p. 57